29/01/2013

Le retour

Il y a bien longtemps que je ne vous ai pas entretenu de la manière dont les d'autres cultures appréhendent la nature ! Moultes excuses pour ce silence inexpliqué ...

A vrai dire, l'aventure de ce blog a suscité une envie d'approfondir encore le sujet, d'une manière plus formalisée et si je n'ai pas écrit depuis longtemps c'est parce que je me suis lancée dans une thèse ! Oui, vous avez bien lu ... Aventure très excitante ! Et très prenante ...

Je travaille donc sur un thèse sur l'histoire de la nature aux Etats Unis, au Japon et en France. J'espère que vous trouvez le sujet aussi intéressant que moi ! Parce que le fait est que je vais avoir du mal à ne pas partager toutes les aventures bibliographiques, et qu'il se peut que mes billets se concentrent un peu plus sur ces sujets-là ...

Que l'aventure continue ! Et à très vite (promis, pas dans quatre mois) :)

30/08/2012

La Bolivie, les Chipayas et le lithium

Sur l’altiplano bolivien, les Chipayas sont une des tribus autochtones qui peuplent la Bolivie. Cette tribu, installée sur le salar de Coipasa, perpétue la tradition de leurs ancêtres, exilés sur cette terre hostile faute de pouvoir cultiver autre chose. Le salar, lac de sel, est un environnement pour le moins extrême : les vents de 100km/h se combinent au froid du 4000m de hauteur de l’altiplano et la salinité des terres rend la vie très compliquée.

Surnommés « peuple de l’eau », ils ont acquis un savoir faire extraordinaire qui leur est vital pourles_chipayas_de_bolivie.jpg survivre dans une région aride et à première vue accueillante : à l’aide de barrages composés de terre et de paille tressée, ils orientent l’eau en fonction de leurs besoins pour désaliniser et rendre fertile un sol afin de le cultiver, pour construire un abreuvoir pour leurs animaux …

Dans cet univers, survivre est un travail à plein temps, où il faut apprivoiser la nature chaque jour. Les Chipayas ont appris à vivre avec la nature qui les entoure grâce à des techniques héritées de leurs ancêtres. Une vie en accord avec la nature, parfois rude.

Le gouvernement Morales a amélioré les conditions de vie et la reconnaissance des peuples indigènes, facilitant leur intégration dans un pays en décalage avec le mode de vie des Chipayas, notamment avec l’adoption de la « Ley de Derechos y Politicas Linguisticas », reconnaissant toutes les langues utilisées sur le territoire et autorisant l’éducation des enfants indigènes dans leur langue maternelle. Mais paradoxalement, c’est aussi le gouvernement Morales qui, sur un autre salar, celui d’Uyuni, est en train de planifier l’exploitation de masse du lithium.

Dans le salar d’Uyuni, le sel est composé de lithium, composant essentiel pour la fabrication depiles_of_salt_salar_de_uyuni_bolivia_luca_galuzzi_2006.jpg batterie. En 2010, la Bolivie annonçait pouvoir fournir le monde en lithium pendant 5000 ans grâce aux ressources naturelles du pays. Morales a conçu un projet d’envergure qui assure que les revenus de l’exploitation resteront en Bolivie : la Bolivie s’occupe seule de l’extraction et de la transformation du lithium, et les investissements étrangers ne seront recherchés que pour la dernière phase du projet, le calibrage pour des batteries de voitures, et l’industrialisation. Ce projet nationaliste ambitieux s’est déjà traduit par la création d’une usine de 180 employés.

L’altiplano bolivien est ainsi un concentré de contrastes, entre peuple autochtone qui s’emploie à vivre en harmonie avec une nature hostile, et industrialisation à grande échelle d’une ressource naturelle. Une représentation à petite échelle de la contradiction dans laquelle se dépêtrent nombres de pays en développement.

04/07/2012

Je prends des médicaments, et alors ?

Ce n’est plus un secret pour personne, la France est championne dans l’absorption de médicaments. Conséquence d’une société qui se regarde peut-être un peu trop le nombril, il existe des médicaments pour répondre à nos moindres petits maux de tête et l’industrie pharmaceutique prospère. Une anesthésie physique et mentale à laquelle nous devrions réfléchir à deux fois …

medicament_generique.jpgIl existe une vraie dérive médicamenteuse du fait de la consommation excessive. Ne jouons pas au jeu de l’œuf et de la poule, à essayer de savoir si le consommateur a créé un marché par une demande trop forte ou si l’industrie pharmaceutique a elle-même créé la demande : peu importe. Le fait est que la France (je dis la France, mais en réalité cela vaut pour tous les pays « développés ») est accroc. Il y a dérive au niveau de la consommation bien entendu, à se demander qui inventera la pilule pour guérir les ongles cassés, ce qui implique des problèmes de santé publique, et même tout simplement de bien-être. Mais il y a aussi et surtout une dérive des acteurs économiques qui ont entre les mains une vraie pépite. Je vous passe le détail du désormais tristement célèbre cas « Servier », qui est très symptomatique d’une tendance fort inquiétante, celle du mépris du principe de précaution. Il va de soi que le principe de précaution ne s’applique pas qu’à l’industrie du médicament, et qu’il y est probablement plus respecté que dans d’autres secteurs. Il aura tout de même fallu le Mediator pour que l’AFSSAPS, qui décide tout de même de la mise sur le marché des médicaments, soit financée intégralement par l’Etat et rebaptisée Agence Nationale de la sécurité du Médicament. Profitons-en au passage pour vous coter l’extrait du rapport de Gilles Carrez à l’Assemblée Nationale sur le projet de loi de finances pour 2012, ça vaut le détour :

« À l’issue de l’affaire du Médiator, la réforme portée par le projet de loi n° 3714 relatif au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé conduit à repenser le rôle, le positionnement et le financement de l’AFSSAPS. Ce dernier sera désormais assuré intégralement par une subvention de l’État, pour permettre à l’agence d’asseoir son indépendance vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique. La réforme du financement de l’AFSSAPS est opérée par l’article 31 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2012 et par l’article 26 du présent projet. »

Une question toute simple se pose : qui avant 2012 pouvait être garant du principe de précaution dans l’industrie pharmaceutique ? Réponse : personne.  

epur_rejet_nizerand.jpgDeuxième problème très préoccupant : les rejets médicamenteux. Quand on sait que les autorités obtiennent des cartographies très précises des « points chauds » de prise de drogue en mettant des capteurs dans les égouts, cela donne une idée de ce que notre corps rejette dans l’environnement après assimilation partielle. Je suis tombée des nues quand j’ai appris qu’à cause des métabolites (composé organique issu du métabolisme) liées à la pilule entraînaient un changement de sexe chez les poissons. Naïve comme je suis, cela a réussi à me choquer : un médicament aussi généralisé et quasiment banal que la pilule a en réalité des conséquences désastreuses sur l’environnement. Qui absorbe des médicaments devient une bombe environnementale à retardement.

Une conduite responsable se décline aussi au niveau de la prise de médicaments, un mal de tête ponctuel et supportable peut se supporter de manière naturelle, sans y ajouter de chimie quelconque. Il faut retourner au naturel c’est-à-dire diminuer l’ingestion de médicaments chimiques et privilégier les remèdes naturels qui ne sont pas des placebos.

L’utilisation des plantes médicinales est non seulement une tradition millénaire, mais la biodiversité est aussi un véritable vivier de solutions pour guérir à l’avenir. Faisons en sorte de ne pas surexploiter ce réservoir d’avenir, pour que la guérison devienne plus naturelle.