22/05/2012

Qu'attendre de Rio ?

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Le moment fatidique approche, dans quelques semaines, plusieurs dizaines de milliers de personnes fouleront le sol brésilien pour un rassemblement décisif et historique. Il s’agit quand même de se réunir là où, 20 ans auparavant, un grand pas avait été fait pour la préservation de l’environnement, avec la Convention sur la Diversité Biologique, la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Rio avait permis de déboucher quelques années plus tard sur le protocole de Kyoto qui, s’il n’a jamais réussi à fonctionner comme il le devait, a tout de même fait avancer les choses. Rio est chargé d’une symbolique forte, celle de l’espérance en un regain de vitalité de l’élan international pour la protection de l’environnement. Espoir d’autant plus important à l’heure où l’après Kyoto n’est qu’un désert de promesses non contraignantes qui n’a débouché sur aucun accord, même au minima.

Alors, qu’espèrent les gens qui vont à Rio ? Ils espèrent, une dernière fois, une avancée concrète. Celle qui était attendue à Copenhague, demandée à Cancun, priée à Durban. Les sujets ont donc été habilement choisis : l’économie verte et la gouvernance internationale du développement durable sont en effet intrinsèquement liées, et vous ne trouverez aucun Etat pour s’engager sur une démarche « green » s’il n’est pas convaincu que celle-ci encourage l’économie dans une bonne voie.

Mais, ce qui domine depuis les COP post Kyoto, c’est la désillusion. Kyoto, en soi, n’était pas en soi le « must » mais mieux valait cela que rien. L’élan initié à Rio en 1992 a eu tôt fait de se dissiper quand il a fallu parler chiffres, « legally binding commitments ». L’effet domino était enclenché : les Etats Unis ne voulaient pas s’engager sur une réduction de leurs émissions de gaz à effets de serre ? Alors pourquoi la Chine le ferait-elle ? Etc. jusqu’à l’immobilisation totale du processus. Ajoutons à cela les alternances politiques et les changements de conjoncture économique pour obtenir une paralysie du tout.

J’ai eu l’occasion, lors d’une simulation Copenhague organisée l’année dernière, de prendre la mesure de l’ampleur du problème. L’idée était la suivante : faire Copenhague mais autrement. C’est-à-dire partir des mêmes présupposés et essayer, en se conformant à la réalité des positions défendues par chaque pays, d’arriver à un autre résultat que Copenhague. Pourquoi raconter cela ? Alors que nous en étions au 4e de tractation, et que nous étions nous aussi arrivés à un point de blocage, le représentant des Maldives a demandé la parole afin de rappeler un fait très simple : « Nous sommes ici en train de négocier la disparition de ma Terre et de mon peuple. Nous parlons d’un anéantissement, d’un peuple qui n’existera plus en tant que tel car sa Terre aura été engloutie par les eaux. » Et les négociations de reprendre quelques minutes après, chacun restant sur sa ligne de conduite nationale, sourd au rappel humain des Maldives.

Rio-20.jpgCar les négociations inter-nationales sont des discussions entre pays sur un sujet donné, où chacun doit défendre au mieux les intérêts respectifs mais divergents de son pays. Les pays industriels n’accepteront jamais de payer une quelconque « responsabilité historique » qui pourrait mettre en péril leur économie, face à quoi les pays émergents n’accepteront jamais de revoir leur modèle de croissance. Rio+20 va permettre la rencontre des bonnes volontés et des acteurs engagés, permettre des synergies et des avancées. Mais les négociations internationales en elles-mêmes apporteront peu.

Comment avancer après un tel constat ? Si je ne crois pas à des accords internationaux, je pense que des accords régionaux ratifiés au préalable par les pays concernés et proposés ensuite aux Nations Unies ont plus d’avenir. Les enjeux étant comparables, les enceintes de négociation plus restreintes et les personnes autour de la table plus habituées à dialoguer ensemble … chacun plus non seulement plus s’exprimer mais aussi plus écouter l’autre.

Et vous, qu’en pensez-vous ??

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